L’espace des causes vs. l’espace des effets

L’espace des causes vs. l’espace des effets

Ceci est une lettre fictive à des amis

 

 

 

Hello S., Y., P.,

Je voulais vous parler d’un modèle mental super simple mais avec lequel on peut pas mal jouer.

 

L’autre jour, avec notre équipe informatique, nous avons fait un brainstorming afin de répondre à la question « que pourrait-on faire pour aider plus efficacement nos utilisateurs ? ». J’ai proposé d’instaurer un quick-win feed  ; c’est un canal de messagerie instantanée que toute l’équipe rejoindrait, et où le principe serait de poser, au gré des problèmes rencontrés dans la journée, des « questions à potentiel de quick-win ». C’est-à-dire, des questions dont tu peux chercher la réponse tout seul, mais…

  1. Ça va te prendre 3h à chercher (ou bien plus, des jours et des jours…)
  2. Quelqu’un pourrait te faire gagner des heures de recherche au prix d’une phrase écrite en quelques secondes de réflexion.

Toute personne qui travaille dans l’informatique connaît ça, mais l’idée générale derrière, c’est qu’avec un tout petit effort, on peut obtenir de grands résultats.

D’où le terme de “quick-win”, littéralement “gain rapide”. Je le traduirais plutôt en “gain facile”.

Réciproquement, avec de grands efforts, on peut obtenir des petits résultats. Voyons un peu à quoi ça ressemble.

Petit effort, grand résultat

Tu cherches un appart’ à Paris, et en soirée tu tombes sur un invité qui quitte le sien prochainement et cherche un remplaçant. Par chance, l’appart’ te correspond : tu viens de gagner des litres de sueur à chercher.

Tu as un problème dans ta vie depuis des années, et un livre de quelques pages peut t’en débloquer.

Dans un jeu (sport, jeu de société ou jeu vidéo), en changeant une toute petite règle, la manière dont sera jouée le jeu peut être métamorphosée.

Grand effort, petit effet

Pour un certain examen, pour assurer un 15/20 il te faudra réviser ~10 heures. Mais pour assurer un 18/20, c’est-à-dire trois points de plus, il faut peut-être réviser 40 heures supplémentaires.

Quand, en école, nous avions fait chacun notre petit site internet, on a pu se rendre compte que pour qu’il soit assez joli, il fallait y passer 25 h dessus. Mais au bout d’un moment, pour qu’il soit un tout petit peu plus joli, il faut facile passer plusieurs dizaines d’heures de plus !

Si ça me semble intéressant d’en parler, c’est que je trouve qu’il y a un raccourci mental assez présent chez beaucoup de gens : présumer que de petits effets viennent de petites causes, et que de grands effets viennent de grandes causes. Ou pire, confondre les causes et les effets.

Laissez-moi interpréter avec cette grille quelques anecdotes qui ont retenu mon attention.

Économie : La diminution des gains marginaux

Pour une bonne soupe qui se boit en 20 gorgées, les 5 premieres gorgées feraient 70 % de notre satisfaction, tandis que les 15 dernières fournissent les derniers 30 %.
En termes d’économie, cela illustrerait le phénomène de diminution de la satisfaction marginale.

Le principe de Pareto

Si nous avions une entreprise (j’ai encore espoir), on pourrait avoir 10 % de nos clients qui nous feraient 80 % de notre chiffre d’affaires. Quelques gros clients et plein de petits clients.

Ça, ça peut être une illustration du fameux principe de Pareto :

« Le principe de Pareto, aussi appelé loi de Paretoprincipe des 80-20 ou encore loi des 80-20, est un phénomène empirique constaté dans certains domaines : environ 80 % des effets sont le produit de 20 % des causes. »  Wikipedia

Le sketch de Fary sur l’iPhone 6

Dans son sketch, Fary dit que pour un prix modique de 800€, c’est pas possible que l’iPhone 6 bugue.

Il suppose que pour 800€, une si grande quantité dans les causes, on doit pouvoir obtenir quelque chose d’aussi simple que « pas de bug ».

 

Mais, au fond, a-t-il idée de ce que nécessite, dans les causes, un smartphone sans bug ?

Celui qui a engagé un développeur, mais qui ne l’a jamais été

« Peux-tu faire en sorte que, lorsque l’on quitte la page d’inscription, on n’ait pas perdu tout ce que l’on avait déjà rempli dans les cases du formulaire ? Genre d’ici ce soir
— Euh non c’est trop compliqué pour le faire ce soir
— Mais si, c’est à dire que quand tu fermes la fenêtre et que t’as écrit…
— Oui d’accord, mais c’est complexe
— Non mais il faut JUSTE que ça enregistre pour la prochaine fois

Ce n’est pas parce que c’est très simple à concevoir, voire même très précis, que l’effort dans les causes est à la mesure.

 

La petitesse dans les résultats n’implique pas la petitesse dans les causes.

L’œil du connaisseur (sport)

En prépa, on jouait souvent à l’Ultimate*, en mode « sportif occasionnel qui se donne du mal ».

Lorsqu’il y a des spectateurs, comme lors du très excitant tournoi inter-classes, il se passe la chose suivante : un point spectaculaire est marqué, et alors la foule acclame celui qui a réceptionné la passe marquante.

Cependant, l’œil plus expert, lui, saura aussi être admiratif du passeur.

Quoi non je dis pas ça parce que j’étais passeur

Pourquoi ? Car il sait que ce qui est difficile dans les points comme ça, c’est surtout de faire une belle passe, c’est-à-dire une passe qui

  1. arrive à portée de l’attaquant dans l’en but,
  2. arrive à portée de l’attaquant avant celle du défenseur

Or, y parvenir requiert de la technique et de l’anticipation !

Ici, les résultats sont l’excitation de la foule et les causes, le jeu des joueurs.

L’œil du connaisseur (arts)

Pareil, lorsque tu vois un spectacle de danse par exemple, ou bien tu es spectateur classique et tu aimes ce qui fait effet, ou bien tu es danseur toi-même et tu admires aussi l’exécution (la difficulté ou l’inventivité, par ex).

Pareil en tant que magicien.

Pareil pour —un certain type de— cinéphile :
« Oh j’aime bien tel élément dans tel film !
– Ouaaaaais mais bon c’était facile » (au sens de ce n’était pas ingénieux ou virtuose)

En fait, pareil pour toute pratique qu’on peut regarder, juger (dans un sens très large), et qui n’est pas triviale.

L’ingéniosité du créateur

P. et C. vont se marier, et au mariage il veulent faire le show sur une danse de couple particulière : le Lindy Hop* par exemple. Sauf que, P. et C. ne savent pas du tout danser le Lindy Hop, or le mariage est dans 6 mois.

Que va faire leur chorégraphe ? Il va sans doute faire en sorte d’élaborer une chorégraphie « qui fait effet à peu de frais ». Et c’est possible, car les mouvements les plus expressifs pour l’œil novice ne sont pas forcément les plus techniques !

Ainsi, on peut en fait dire qu’il existe toujours deux espaces : celui des causes et celui des effets.

#Maths #Physique

* Danse de couple qui se danse sur de la musique swing et rarement dansée à un niveau « naturel » en 6 mois

Ne pas juger le même espace

J. a fait la cuisine pour ses amis, et les amis mangent.

Amis : Oh, mais c’est super bon ce que tu nous a fait !

J. : Non, c’est rien, c’est super facile

Amis : Mais siii on se réGALE

Personne n’a tort, tout le monde a raison : les amis disent que c’est « grand dans l’espace des effets » (= c’est bon), tandis que J. dit que c’est « petit dans l’espace des causes » (= c’est facile à faire). L’un n’empêche pas l’autre, ce n’est pas vraiment un paradoxe.

Conclusion #1

Conclusion #1

Dans une activité, il y a toujours l’espace des causes (ou des efforts) et l’espace des effets (ou des résulats).

Parfois, il y a amalgame, ou malentendu, entre les tailles dans l’un des espaces et les tailles dans l’autre espace. Pourtant, a priori, elles n’ont pas de raison d’être équivalentes.


4 réactions au sujet de « L’espace des causes vs. l’espace des effets »

  1. Intéressant d’avoir étendu le principe de Pareto à cette idée d’espace des causes et espace des effets. Ça change la façon de voir les choses. Merci !

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