Désolé

Désolé

Après un conflit avec quelqu’un, il y a éventuellement lieu de s’excuser. Mais s’excuser de quoi, au juste ?

Le problème

Je considère qu’il y a problème au niveau des excuses dans deux cas : lorsqu’on en fait jamais assez, ou au contraire, toujours trop. Imaginons que, dans le conflit, vous soyiez le lésé (et donc l’autre, l’accusé), et que c’est l’accusé qui s’excuse.

Ok le mec impose les rôles

Pas assez d’excuses 🦁 — Ce serait un accusé qui certes a eu raison d’agir comme il l’a fait, mais qui vous fait vous sentir nul et surtout, exclu, déconnecté, car il n’est désolé de rien.

Trop d’excuses 🐶 — Le problème est surtout celui de l’accusé. Il dit regretter quelque chose qu’il ne regrette pas vraiment, parce que la manière dont il a fait lui était sensée (d’ailleurs, le conflit risque de se reproduire). Il attaque sa propre intégrité à un endroit où il ne devrait pas.

Dans le premier cas 🦁, il y a une affirmation de soi, mais au détriment de la considération de l’autre.
Dans le second cas 🐶, il y a considération de l’autre, mais au détriment de l’affirmation de soi.

Ça cause problème si, sur le long terme, cela nourrit une dynamique de pouvoir malsaine ou qui ne vous plaît pas.

Restons pragmatiques ! Si, au bout, vous sentez qu’il n’y a pas de problème (= pas de dynamique de pouvoir indésirable), pas nécessaire de remettre en question la manière dont vous faites. Même si vous vous excusez beaucoup beaucoup, par exemple. Pas de problème 👌 ;
cet article ne vous servira sans doute pas.

Laissez-moi donc proposer une solution qui a l’ambition de réunir le meilleur des deux mondes.

Trois types d’excuses

Donnons-nous les moyens d’abord d’être précis sur ce dont on s’excuse.

Je vois trois choses dont on peut s’excuser :

  • De ses mauvaises intentions (= Type 1 👿)
  • De ses faiblesses (= Type 2 😥)
  • De la souffrance, du tort causé (= Type 3 🤕)

Cette partition découle naturellement de l’analyse faite dans les articles précédents de la série ; si vous voulez une justification, je vous invite à les lire.

↗️ La dispute tu ne pourras simuler
↗️ La dissension a trois versions (1/3)
↗️ La dissension a trois versions (2/3)
↗️ La dissension a trois versions (3/3)

Expliquons-les une à une.

Type 1 👿 | S’excuser de ses mauvaises intentions

Le nommage est assez clair : c’est le cas où il s’est avéré que vous aviez une intention négative, mauvaise, méchante etc.

« Je te demande pardon de t’avoir voulu du mal. C’était abusé. C’était mal. »

Vous trouvez que ce que vous avez fait n’était pas bien, ça s’est ressenti, et vous vous en voulez.

Type 2 😥 | S’excuser de ses faiblesses

Ce que je regroupe dans l’appellation faiblesses, c’est le comportement face aux forces contrevenantes à vos fins, dont vous êtes peu fier. C’est votre réaction face à ce qui vous a rendu la tâche plus difficile.

Par exemple, vous avez cédé à la paresse, cédé à la peur ; vous avez manqué de proactivité face aux circonstances ; vous n’avez pas agi selon vos principes, selon vos valeurs ; un de vos défauts a joué.

« Je suis désolé d’avoir cédé à l’inconfort de la situation, alors que je savais que ce que je faisais n’était pas bien. Je ne voulais pas. »

Type 3 😔 | S’excuser de la souffrance causée

Il s’agit de s’excuser de la souffrance qu’a ressenti l’autre (le lésé), y compris si ce n’est pas de votre faute. Vous faites partie des causes, mais ça n’est pas une faute de votre part.

Typiquement, vous ne feriez que des excuses de Type 3 s’il n’y avait ni mauvaise intention, ni faiblesse.

Si vous avez en tête La dissension a trois versions, cela correspond aux cas où le tort a pour origine :

  • l’obscurité de la situation — Ce que vous avez fait a été parfaitement voulu, mais mal interprété par manque d’informations du côté du lésé.
  • ou la différence de paradigme — Ce que vous avez fait a été parfaitement voulu, mais mal interprété par différence de la manière dont vous… interprétez le monde.

« Je suis désolé que tu te sois senti abandonné et mal-aimé, et peut-être même trahi. »

Sous-entendu même si ça n’aurait pas pu se passer autrement, et même si ce n’était pas intentionnel.

En réalité, j’ai abusé. Ce ne sont pas du tout des excuses. C’est de la compassion. Comme lorsque vous compatissez du malheur d’une amie pour, disons, la maladie de sa mère. Vous souffrez avec elle même si, bien évidemment, ça n’a rien à voir avec vous.

Mais, pour quelque raison que je ne connais pas, il y a une sorte d’amalgame dans la langue : usuellement on utilise indistinctement les expressions « je suis désolé/navré » et « je m’excuse ». Être désolé devrait plutôt transmettre l’idée de compassion, tandis que les excuses, celle de remords. Bon, débrouillez-vous hein.

« Ma mère est malade
– oh mince, je suis désolé…
– non mais ce n’est pas de ta faute
– non bien évidemment mais… je suis désolé quoi
– non mais t’y peux rien, vraiment !
– JE SAIS ! ! »

Discussions lecteurs et ajustements

Un désaccord avec l’un de mes lecteurs sur ces propos m’ont amené à redéfinir les choses suivantes pour pouvoir entrer dans les détails.

▪️Comprendre : « Je vois très bien ce que tu veux dire quand tu dis que tel évènement (typiquement, mon comportement) a provoqué telle souffrance. »
▪️Reconnaître : « Je suis d’accord sur ces faits, je te crois (en particulier que mon comportement fait partie des causes de ta souffrance) »
▪️Partager : « Moi-même je ne me sens pas très bien en te sachant/voyant dans cet état »

Avec cela en tête, nous avons constaté que nous étions d’accord sur la chose suivante :

Il est nécessaire de faire Comprendre + Reconnaître, tandis que Partager est un bonus.

Ce qui n’allait pas cependant, pour lui, c’était qu’en me lisant, dans « Compassion » il entendait Comprendre + Reconnaître + Partager.

D’autre part, une lectrice m’a fait part de son impression qu’il y avait un trou dans le type 1, type 2, type 3. Cette impression provenait d’une situation concrète et postérieure à la lecture de mon article. À force de discussions, voici ce que j’ai fini par comprendre.
En utilisant les trois termes invoqués plus haut, sa déclaration se résumait à la chose suivante :

Le type 3 c’est Compatir, mais tu sembles le définir comme Partager, uniquement. Du coup, il manque Reconnaître, qui me semble hyyyper important.

La prise en compte de ces discussions me mènent à produire la note suivante (en attendant que je refasse l’article plus proprement) :

À NOTER POUR LA SUITE
Type 3 = Compatir = Comprendre + Reconnaître

(Il devrait y avoir un Type 4 = Partager)

Faire le bon choix

Être honnête

Quelles excuses faire ? (Remarque : elles sont cumulables, bien entendu)

Je ne peux évidemment rien vous imposer, mais si je ne devais donner qu’une règle, je donnerai la suivante :

Dites les excuses que vous pensez, et pensez celles que vous dites.

Aussi appelé « être honnête ».

C’est en respectant cette règle que nous pouvons affirmer notre intégrité.

Kodori, je veux bien être honnête mais… moi-même je ne sais pas trop ce qu’il s’est passé. De combien l’autre a souffert ? Pourquoi il a souffert ? De quoi ai-je été faible ?

C’est tout l’intérêt des 6 questions à se poser dans

Psst… oublie pas le ciné que tu m’as promis pour poser cette question

Discussion en regard de cette règle et du problème initial

Type 1 — Si vous avez eu une mauvaise intention (type 1 👿) et que vous ne regrettez pas, ne vous excusez pas. Seulement, votre relation s’en trouvera très fortement détériorée, voire rompue. Je pense que le lésé, au moins lui, devrait sérieusement considérer une rupture. C’est peut-être mieux comme ça, après tout. Le monde est grand. Se séparer est parfois la première étape du projet « Trouver mieux, chacun de son côté ».

L’incompatibilité, ça arrive.

Cela dit, le pardon aussi.

Type 2 — Dites ce que vous pensez, et faites comme vous pouvez…

C’est chaud parce qu’il y a beaucoup de subjectivité. Mais d’un autre côté, on n’est pas tous des machines hyper-analytiques non plus, donc soyons sincères et tout ira bien.

Les gars je crois que Kodori fait sa propre thérapie

Type 3 — En général, on peut au moins faire les excuses de type 3 🤕, c’est-à-dire compatir. Je n’ai jamais vraiment trouvé de situation où compatir n’était pas positif pour tout le monde. C’est un facteur d’intégration émotionnelle mutuelle. Cela fait honneur à un morceau profond de notre nature d’être humain.

Et c’est là que mon modèle semble résoudre notre problème initial. Le type 2 et le type 3 sont séparés, donc typiquement, il est tout à fait possible…

  • d’avoir été droit dans ses bottes ;
  • de ne pas s’en excuser ;
  • mais quand même reconnaître que de la souffrance a été causée, et donc compatir.

Ce n’est pas contradictoire.

Ainsi, cette réflexion a ouvert une troisième voie, qui concilie affirmation de soi, et considération de l’autre. Elle demande honnêteté et compassion.

On pourrait l’appeler la voie de la relation.


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