L’authentique bat le parfait

L’authentique bat le parfait

authentique parfait

Vous avez pu voir dans Le pouvoir de la vulnérabilité • Brené Brown une introduction à la vulnérabilité. Les idées autour de ce mot m’ont secoué, en théorie et en pratique. Je vais, dans ce texte, tenter d’en tirer un principe d’action.

⚠️ Je ne prétends pas retranscrire fidèlement les idées de Brené ; je ne l’ai pas lue entièrement.

Rappelons ce passage du talk :

Brené Brown  : J’ai écrit un livre, j’ai publié une théorie, mais quelque chose n’allait pas — et ce que c’était, c’est que, si je prenais les gens que j’avais interviewés, et que je les divisais grossièrement en deux catégories : ceux qui croyaient vraiment en leur propre valeur — c’est à cela que ça se résume, croire en sa propre valeur — ils ont un fort sentiment d’amour et d’appartenance — et ceux qui ont du mal avec ça, ceux qui se demandent tout le temps si ils sont assez bien. Il n’y avait qu’une variable qui différenciait ceux qui ont un fort sentiment d’amour et d’appartenance de ceux qui ont vraiment du mal avec ça. Et c’était que ceux qui ont un fort sentiment d’amour et d’appartenance pensent qu’ils méritent l’amour et l’appartenance. C’est tout. Ils pensent qu’ils le méritent.

Par commodité d’expression, appelons ces gens les CQOUFSAA, Ceux Qui Ont Un Fort Sentiment d’Amour et d’Appartenance.

Brené nous dit que les CQUOFSAA croient en leur propre valeur ; ils pensent qu’ils méritent l’amour et l’appartenance.

Là, je ne sais pas vous, mais j’ai envie d’en faire partie.

Pour cela, je vais tenter de faire sens de ce qu’elle dit en l’intégrant à d’autres paradigmes à première vue contradictoires.

Problème théorique

Le malaise que j’ai, c’est que je veux tenter de croire Brené, mais en même temps, ce qu’elle dit me semble contradictoire avec une autre aspiration générale : la recherche de l’excellence et de la compétence.

La raison est qu’elle affirme que les CQUOFSAA « [croient] vraiment en leur propre valeur ». Et là, Khoa Ambitieux lève la main et dit :

Khoa Ambitieux : Cette maxime, elle m’inquiète et m’interroge. En croyant en ma valeur, est-ce que je ne vais pas m’endormir ou me mentir sur l’état de mes qualités et mes défauts, et donc me mettre des bâtons dans les roues dans ma poursuite du progrès ? Si je me crois bon et que je ne le suis pas, je ne peux pas progresser. Si je n’identifie pas mes problèmes, je vais difficilement les résoudre… D’ailleurs, ça me fait penser aux dérives du type : le succès c’est grâce à moi et l’échec c’est à cause des autres ! Comme ces élèves qui rejettent leur échec entièrement sur leur professeur ! Aaaaargh…

Recevable. De plus, le juste constat suivant, fait par un ami, m’amène à croire que la contradiction est insoluble :

Je pense que les gens sont un peu effrayés par les individus trop « solides », dans le cadre d’une relation intime.

— Extrait d’une lettre qu’il m’a adressée

En résumé, nous en sommes ici :

Conclusion temporaire

Il y a deux camps qui s’excluent :

  • Les CQUOFSAA, qui croient en leur valeur, qui baignent dans l’amour, mais qui sont pour le moins imparfaits ;
  • Les Ambitieux, qui sont honnêtes sur leur niveau, qu’on admire peut-être un jour mais qu’on n’aime pas vraiment.

Pour être franc, cette conclusion est trop laide pour que je m’en satisfasse. Et d’ailleurs, j’ai un caillou dans la chaussure ; l’intuition que malgré tout, les gens que Brené décrit dans son talk n’excluent pas les gens brillants. N’est-ce pas ? Cette conclusion ne doit pas être vraie.

Selon moi, la résolution du paradoxe est possible avec une distinction clé. Cette distinction, je l’ai déjà faite dans un article précédent.

Le double principe d’amour et d’honnêteté

Dans Tu es digne d’amour, j’ai fait la différence entre la valeur d’amour et la valeur de compétence et d’excellence.

Je les avais représentées respectivement par la note d’Amour et la note de Style :

  • La note de Style est un agrégat de tous vos niveaux sur tous les domaines qui vous importent ;
  • La note d’Amour en est une autre indépendante et à laquelle vous avez toujours 20/20, par votre nature simple d’être humain.

Ainsi, nous pouvons réunir le meilleur des deux mondes en respectant le double-principe suivant :

1. En tant qu’être humain, on mérite, quelque part, amour et appartenance, tout le temps.

Que dans la réalité des relations avec d’autres humains, on n’en ait pas forcément, de connexion d’amour, c’est un autre problème, car la Réalité pose quinze mille autres problèmes. L’essentiel est d’y croire profondément, et y croire est auto-réalisateur. C’est ce que dit Brené.

Ouf !

2. Je recherche ma définition du mieux, et par conséquent je suis honnête sur ma compétence ou mon incompétence.

Les Ambitieux, en chœur : Ah bah voilààà

En pratique

Très bien, le spirituel traité, qu’en est-il de la pratique ?

Brené dit que les CQUOFSAA ont le courage d’être imparfaits. Ils sont sans réserve et se montrent tels qu’ils sont.

Ils sont fous

Pourtant, au premier abord, vouloir montrer ses défauts est curieux. En général, on n’est pas vraiment attiré, au sens de la relation courante, par le nécessiteux ou le misérable. Nous serions peut-être pris de pitié, mais nous sommes loin des relations romantiques, sexy ou amicales vers lesquelles nous sommes naturellement portés.

Au second abord, montrer des qualités de temps en temps et des défauts de temps en temps, cela semble mieux, et plus proche de ce que les CQUOFSAA feraient. Néanmoins, comment arbitrer pour savoir quoi faire quand ? Quel est le bon principe d’action ? Fait-on ça au hasard ?

Se référer à son propre système de valeurs est incomplet

Considérons la maxime suivante : j’accepte de montrer les défauts qui n’en sont pas à mes yeux, même s’ils le sont pour les autres.

Par exemple, je ne cache pas mon goût prononcé pour les jeux vidéos compétitifs joués avec sérieux, car je trouve que c’est une expérience très positive pour moi, même si, dans certains milieux, l’opinion majoritaire est que c’est plutôt naze, voire un signe d’une personne dysfonctionnelle.

Personnellement, à un moment, je m’étais stabilisé sur cette maxime.

Ainsi, le passant verrait chez moi des qualités de temps en temps, et des défauts de temps en temps. Cool ou pas cool ?

Pas SI cool. Ce n’est pas mal, dans la mesure où, pour guider son comportement, il est préférable de se référer à son propre système de valeur plutôt qu’à un autre (celui d’une autre entité qui a d’autres intérêts en tête que les siens, typiquement). C’est bien aussi parce que ce n’est pas arbitraire.

Cependant, je cache quand même mes défauts ; et ce au point de me garder d’agir, parfois. Il peut y avoir deux conséquences. La première est que les autres le ressentent, et cet amour dont on envie tant les CQUOFSAA s’éloigne. Sans doute parce qu’en appliquant ce perfectionnisme, on tombe dans une catégorie proche de celle des gens « trop solides » dont parlait mon ami. La seconde conséquence, c’est que l’on s’auto-sabote dans son action, pour des petites choses, comme des grandes.

Résolution

J’ai fini par arriver à la maxime suivante, et elle est censée être fondée sur notre double-principe spirituel donné plus haut :

Maxime finale
Poursuis tes intentions sans cacher tes défauts

Je poursuis mes intentions car je recherche ce qui a de la valeur à mes yeux. Et ce, quitte à ce que mon action soit indiscutablement imparfaite, tel un effet secondaire. L’action est imparfaite certes, mais au moins elle est réelle et fidèle à une intention plus importante. C’est ainsi car la réalité n’a aucune raison d’être arrangeante ; je ne suis pas encore compétent, ou bien la poursuite pratique de certaines valeurs implique de renoncer à d’autres. Néanmoins, par mon sens d’amour et d’appartenance, je m’accepte pour cela, je m’aime malgré cela.

En pensant ainsi, même si elle n’est pas plus facile, l’action est plus simple.

En pensant ainsi, même si les rejets sont plus fréquents, les interactions restantes sont plus gratifiantes.

En pensant ainsi, même si je vois leurs défauts, j’en viens à aimer les autres plus sincèrement.

Dans mon système de valeur, la perfection est descendue de quelques marches, tandis que l’authenticité et le courage ont pris l’ascenseur.


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